Le Bocuse d'Or, 20 ans d'aventures culinaires
Fin janvier 85, la seconde édition du Salon des Métiers de Bouche, le futur Sirha, ferme ses portes sur un succès. 750 exposants et 70 000 visiteurs l'ont honoré de leur présence. Dans l'ascenseur qui les mène à une émission de télé locale consacrée à l'évènement, le directeur du Parc des Expositions de Lyon de l’époque, et Paul Bocuse, le chef que l'on ne présente déjà plus, plaisantent autour de la création d'un concours de cuisiniers. " Un évènement qui complèterait le salon ", dit l'un… " Un show d'envergure internationale ", complète l'autre. Le Bocuse d'Or était né.
A l'époque, les compétitions culinaires abondent, mais aucune ne se déroule en direct, face au public. "On va construire une rangée de boxes de cuisine, faire travailler des jeunes chefs du monde entier et réunir un jury composé de stars de la gastronomie mondiale qui dégustera et notera les plats, le tout devant le public installé dans des tribunes", imagine Paul Bocuse.
Aussitôt, le chef lyonnais contacte ses amis cuisiniers dans le monde. Chaque pays doit sélectionner un candidat. Le chef responsable de chaque sélection nationale participe au jury international lors du concours à Lyon. Un comité d'organisation se répartit les tâches, contacte les sponsors et entraîne son poulain.
1987, une première édition qui donne le ton
Enfin, comme au théâtre, le rideau se lève. Le public est là. La presse mondiale est au rendez-vous. Plus de 450 journalistes internationaux, 20 chaînes de radio et de télévision, relaient l'évènement. 20 pays(1) participent à cette grande première présidée par Joël Robuchon. Le jury international réunit quelques uns des plus grands noms de la cuisine(2).
Dans les boxes aménagés, les premiers participants donnent le meilleur d'eux-mêmes. En face, les supporters chantent et crient pour soutenir leur candidat. Photographes et caméramans se bousculent devant les plats qui défilent et le jury qui déguste… Le premier jour, la demi-finale, consacrée au poisson (du saumon), permet d'écrémer la moitié des candidats. Le lendemain, la préparation d'une volaille de Bresse permet de classer les onze cuisiniers restants.
Enfin, Paul Bocuse annonce les résultats. C'est Jacky Fréon, le candidat français, qui remporte le Bocuse d'Or. Il gagne le trophée créé par le célèbre sculpteur César et un chèque de 10 000 $. Surtout, se rappelle-t-il, "J'étais parti du Lutétia modestement, avec ma valise de couteaux et les plats du restaurant. Quand je suis rentré, toute l'équipe de l'hôtel m'attendait. Ils avaient tapissé un salon entier des coupures de journaux. Je ne me rendais pas compte de l'ampleur prise par l'évènement. Pendant deux mois, il a fallu répondre sans arrêt aux sollicitations des journalistes. Dans le même temps, le chiffre d'affaires du restaurant a augmenté de 40 %. Le succès était tel que Sonia Rykiel m'a dessiné des assiettes pour que je puisse présenter les plats du Bocuse d'Or à la carte."
(1) Afrique du Sud, Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Etats-Unis, France, Hong-Kong, Irlande, Italie, Japon, Luxembourg, Malaisie, Norvège, Pays-Bas, Suède, Suisse.
(2) Bruce Burns, Eckart Witzigmann, Heinz Winckler, Albert Roux, Werner Berger, Werner Matt, Pierre Romeyer, Albert Schnell, Arne Fusager, Juan Maria Arzak, Jean Banchet, Pean-Yves Piquet, Jacques Pic, John Coughlan, Enzo Dellea, Masakichi Ono, Mathis Berghe, Werner Vögeli, Freddy Girardet.
Surfant sur le succès de la première édition, le Bocuse d'Or se ré-installe au Sirha en 1989. A nouveau, plusieurs centaines de chaises individuelles sont alignées dans un espace à part, face à douze cuisines en mélaminé blanc.
Dans les boxes, pour la première fois, et la seule à ce jour, une femme s'impose. La luxembourgeoise Léa Linster, proclamée candidate du Grand Duché, fait figure d'ovni dans ce monde d'hommes. En plus, la jeune femme s'est blessée le matin même et ne dispose que d'un seul oeil vaillant… Pourtant, sa cuisine simple et franche conquiert le jury et contre toute attente, elle monte sur la première marche du podium, coiffant au poteau 23 cuisiniers venus du monde entier.
Seconde surprise de cette deuxième édition, la troisième place est remportée par William Wai, un jeune chef discret qui porte les couleurs de Singapour. De toute l'histoire du Bocuse d'Or, il est le seul chef asiatique à être monté sur le podium.
Enfin, complément indissociable de l'évènement Bocuse d'Or, la soirée de gala prend, pour cette seconde édition une ampleur féerique. A l'occasion du bicentenaire de la révolution française, elle porte les couleurs de la France, bleu, blanc et rouge.
1991, le Bocuse d'Or prend une nouvelle dimension
Avec la victoire de Michel Roth, alors chef du Ritz, le Bocuse d'Or montre à nouveau la compétence des grands chefs cuisiniers d'hôtels. En effet, le chef français, qui a bénéficié des conseils de Guy Legay, a pu s'entraîner intensivement au concours.
Pendant six mois, le canard - produit officiel du Bocuse d'Or - a figuré à la carte du Ritz, afin que le candidat puisse perfectionner sa recette au maximum. C'est aussi le début du sponsoring, du coaching, de l'entraînement quasi sportif… Les plats "artistique " apparaissent, à l'image de cet oeuf bijou perlé de truffes, l'une des garnitures de Michel Roth.
Dans la presse, les journalistes commencent à comparer le Bocuse d'Or à des Jeux Olympiques culinaires.
Autre tendance qui se dessine cette année-là, l'omniprésence des pays nordiques sur le podium commence avec la seconde place du norvégien Lars Erik Underthun et la médaille de bronze du néerlandais Gert Jan Raven. Enfin, côté "people", Isabelle Giordano enregistre sa rubrique de Bouillon de Culture sur l'espace concours, Philippe Risoli anime les épreuves et Jacques Martin inaugure le salon.
Le Bocuse d'Or revient à Bent Stiansen, premier d'une longue liste de Norvégiens vainqueurs. Cette victoire confirme la force des cuisiniers d'Europe du Nord, une force d'autant plus inattendue que ces pays ne disposent pas d'une tradition gastronomique aussi renommée que celle de nations comme la France ou l'Italie, par exemple…
Une faiblesse que les candidats compensent grâce à un entraînement musclé, encadré par des équipes dynamiques et compétentes, avec des moyens conséquents. C'est aussi le cas du danois Jens Peter Kolbeck, installé à la seconde place du podium, qui devient dès lors une référence culinaire dans son pays, tantôt invité à cuisiner pour la famille royale, tantôt interrogé comme éminent spécialiste, tantôt reconnu en tant que meilleur restaurateur du pays.
D'un point de vue logistique, à l'image de grands prix sportifs de formule 1 et de tennis, le Bocuse d'Or se dote d'un espace partenaires digne de ce nom. L'espace VIP permet aux sponsors des concours de disposer d'un lieu d'accueil agréable pour recevoir leurs propres clients et faire un travail de relations publiques de qualité.
A l'heure où le trophée aboutit dans les mains de Régis Marcon, le public découvre, certes, un chef plein de finesse et de talent, mais aussi un village de 220 habitants, simple et authentique, perdu en Haute-Loire et parfois isolé par la neige, Saint-Bonnet-le-Froid.
A la suite de sa victoire, le village découvre les embouteillages, l'engouement des Japonais pour la gastronomie française et retrouve un nouveau dynamisme grâce aux prouesses culinaires de son chef.
L'auberge familiale gagne en notoriété, gravit les échelons des guides, sans jamais cependant donner la grosse tête à son propriétaire, toujours féru de champignons, défenseur de son pays natal et sensible à la faim dans le monde. Son veau Margaribou reste dans les annales comme une recette pleine d'histoire.
1997, l'avènement des supporters
C'est un candidat mexicain qui a initié l'ambiance que l'on peut constater désormais dans les tribunes du Bocuse d'Or. En 1997, il invite un groupe de mariachis, violons, guitares et sombreros compris, à accompagner l'envoi de ses plats.
Cette joyeuse animation ne permet pas au candidat de remporter le concours, mais elle signe l'arrivée du bruit dans les tribunes jusqu'ici respectueusement silencieuses.
Lors des éditions suivantes, cornes de brumes, crécelles, voire cloches de vaches apparaissent, avant les chants et le lancement des olas. Les clubs de supporters, leurs voyages organisés en charters et la promotion par l'ambiance sont nés. Une atmosphère qui s'approche, de plus en plus, de celle d'un stade de football.
Cette même année, le Suédois Mathias Dahlgren remporte le Bocuse d'Or. La Suède est le premier pays où une Académie du Bocuse d'Or est créée à l’intiative de Sven Gunnar Svensson pour organiser les sélections nationales et accompagner le candidat dans sa préparation au concours.
Pour la première fois dans l'histoire du Bocuse d'Or, la France participante ne gagne pas le Bocuse d'Or. C'est Terje Ness, illustre chef norvégien, qui réussit cette prouesse à force de créativité et de technicité, devant Yannick Alleno déçu, mais bon perdant ("Je suis le premier… à être second ", aurait-il commenté après la remise des prix).
D'une certaine manière, l'évènement redynamise le concours et redonne espoir à tous les candidats qui auraient pu croire jusque là la France invincible. L'excellence et la notoriété acquise par le candidat français aujourd'hui démontrent cependant, s'il le fallait encore, la qualité des candidats au Bocuse d'Or.
D'un point de vue logistique, 1999 est également l'année des paillettes, qui tombent pour la première fois en cascade sur le champion au moment de la remise des prix. Un petit goût hollywoodien pour un concours de plus en plus mis en scène.
Pour cette dernière année dans son espace d'origine du Sirha, le Bocuse d'Or explose médiatiquement. Plus de 800 journalistes se pressent devant les boxes, et relaient la victoire du français François Adamski.
La concurrence entre France et Norvège crée une émulation qui tire tous les candidats vers l'excellence.
2003, année de la mise en scène
Avec l'inauguration du hall 33, le Bocuse d'Or gagne un nouvel espace concours, plus grand, plus beau, plus prestigieux. L'espace Alto devient la plus grande zone concours du monde. Sa mise en scène se rapproche de sa physionomie actuelle, avec des cuisines ouvertes par des fenêtres sur l'espace réservé au public, des façades rouges, une scénarisation de plus en plus théâtrale.
Cette même année, le trophée créé par César (une compression de couverts) est abandonné, au profit d'une sculpture symbole de Paul Bocuse, imaginée par Christine Delessert. Un hymne est spécialement composé par Serge Folie.
Côté podium, la victoire se joue dans un mouchoir de poche. Un point sépare Charles Tjessem, le Norvégien vainqueur, et Franck Putelat, le Français. Toujours plus proche de l'univers sportif, le classement du Bocuse d'Or est impitoyable, élitiste, précis. A la troisième place, l'Allemand Claus Weitbrecht créé la surprise : avant le concours, il n'avait répété sa recette que deux fois, quand d'autres concurrents l'entraînent au quotidien pendant plusieurs mois.
Pour la première fois, la technologie Watch Out permet de re-transmettre sur un écran géant toutes les prises de vue du concours. Ainsi, les spectateurs suivent le concours en direct, mais aussi dans le détail, sur l'écran de 24 mètres de long sur quatre mètres de haut. Le service de presse est déplacé, afin que les journalistes puissent garder en permanence un oeil sur l'espace concours.
Le podium place à nouveau en tête la France et la Norvège, avec une nouvelle différence inimaginable d'un point sur plus de 500. En remportant le Bocuse d'Or, Serge Vieira créé un évènement qui dépasse le cadre déjà prestigieux du Bocuse d'Or : second de Régis Marcon à L'Auberge du Clos des Cîmes, à Saint-Bonnet-le Froid, il devient Bocuse d'Or dix ans exactement après son chef. Pour la première fois de l'histoire, deux Bocuse d'Or travaillent ensemble. L'élève a rejoint le maître.
Pour 2007, une première sélection continentale
20 ans, âge de l'ouverture ! Pour donner la chance à de nouveaux pays de participer au Bocuse d'Or, le Comité International d'Organisation a inauguré une nouvelle méthode de présélection des pays candidats. En organisant des concours intermédiaires au niveau continental, le CIO élargit le territoire du concours et permet à un plus grand nombre de pays de présenter leur candidature.
A l'occasion de ce 20ème anniversaire, la remise des prix a exceptionnellement réuni tous ceux qui sont montés sur le podium depuis la création du concours. Paul Bocuse, président-fondateur du concours et Heston Blumenthal, du " Fat Duck " à côté de Londres et président d'honneur, étaient également présents. Le vingtième anniversaire du Bocuse d'Or vient d'être marqué par la victoire du candidat français, Fabrice Desvignes.
Le Bocuse d'Or Europe, nouvelle présélection continentale, donnera en 2008 un avant-goût du concours et permettra de désigner une partie des participants au Bocuse d'Or 2009. Cette présélection réunira une vingtaine de pays d'Europe continentale.
Parmi eux, certains pays candidats auront déjà une place assurée pour 2009 (les six premiers du classement du Bocuse d'Or 2007 sont automatiquement inscrits pour 2009) et seront présents à titre amical. Les autres nations, qui défendront leur ticket d'entrée pour Lyon en 2009, pourront être à la fois des habitués du concours, et des pays qui n'y ont jamais participé.
Ce premier Bocuse d'Or Europe se déroulera les 1er et 2 juillet 2008. Stavanger, capitale gastronomique de Norvège, qui sera également la capitale culturelle européenne en 2008, a été choisie par le Comité International d'Organisation pour accueillir la présélection.
Le concours y sera organisé par SepelCom, en partenariat avec l'Académie Norvégienne du Bocuse d'Or qui pilote avec brio, et depuis des années, la sélection et la préparation des candidats norvégiens. Eyvind Hellstrøm, président historique du Bocuse d'Or de Norvège, et propriétaire du seul restaurant doublement étoilé de Norvège (Bagatelle, à Oslo), présidera le concours.
Poursuivant une stratégie de création de sélections continentales, le Bocuse d’Or Asie voit le jour et permet ainsi d’ouvrir le plus prestigieux concours culinaire mondial à de nouveaux pays et de leur donner une chance d’entrer dans le club très convoité des plus grandes nations gastronomiques.
Ce concours gastronomique, appelé à devenir un événement majeur en Asie, a pour objectif de promouvoir la grande tradition culinaire asiatique.
Pour sa première édition, le Bocuse d’Or Asie s’est tenu à Shanghaï du 29 au 31 mai à l’occasion du salon Gourmet World Shanghaï. 10 pays ont participé à la compétition afin de remporter le titre de « Champion d’Asie du Bocuse d’Or ».
Le Japon, dont la place était déjà assurée pour 2009 grâce à son classement lors de la dernière édition, a toutefois remporté ce prix, devançant ainsi la Malaisie, Singapour et la Corée du Sud qui sont respectivement arrivés 2ème, 3ème et 4ème. Ces 4 nations seront donc présentes lors de la grande finale à Lyon, les 27 et 28 janvier 2009.

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